Affronter la peur de Lissa Rankin : quand la peur entretient la douleur et freine la guérison
Certains livres tombent entre nos mains au bon moment. Affronter la peur de la Dre Lissa Rankin fait partie de ceux-là, et je le recommande souvent aux personnes que j'accompagne, en particulier à celles qui traversent la maladie.
Son sous-titre dit déjà beaucoup : utiliser le courage comme remède pour le corps, l'esprit et l'âme. On y retrouve cette idée qui traverse tout mon travail : le corps et l'esprit ne sont pas séparés, et ce qui se joue dans notre tête a des effets bien réels dans notre chair.

La peur, ce facteur de risque qu'on oublie
Lissa Rankin est médecin. Ce n'est pas une adepte de théories fumeuses, c'est une praticienne qui s'appuie sur la physiologie. Et son constat est frappant : quand elle n'est pas maîtrisée, la peur devient un véritable facteur de risque pour la santé, liée à toutes sortes de troubles, des problèmes cardiaques au diabète en passant par le cancer.
Pourquoi ? Parce qu'une pensée de peur ne reste pas dans la tête. Elle déclenche une cascade de réactions dans le corps : le stress s'installe, le système nerveux s'emballe, et à force, l'organisme s'épuise. La peur chronique nous prédispose à la maladie, et une fois malades, elle nous empêche de guérir sereinement.
Vraies peurs et fausses peurs
Une distinction du livre m'a particulièrement parlé : celle entre les vraies peurs et les fausses peurs.
La vraie peur, c'est celle qui surgit face à un danger réel. Elle est utile, elle nous protège. La fausse peur, elle, c'est tout ce que notre mental fabrique : les scénarios catastrophes, les « et si », l'angoisse de ce qui n'est pas encore arrivé.
Ce sont ces fausses peurs qui déclenchent en boucle des réactions de stress néfastes pour la santé, sans qu'aucun danger réel ne les justifie.
Je vois ça très souvent dans mon travail. Une personne qui commence sa radiothérapie arrive parfois plus abîmée par la peur des brûlures à venir que par les brûlures elles-mêmes. La douleur physique est là, mais la peur l'amplifie, la nourrit, l'installe.
Pourquoi ce livre résonne avec mes soins
C'est exactement le terrain sur lequel je travaille. Quand je coupe le feu d'une brûlure ou d'une douleur, je n'agis pas seulement sur la sensation physique. Le soulagement qui vient permet aussi de desserrer l'étau de la peur. La personne se détend, le corps lâche, et quand le corps lâche, il guérit mieux.
Rankin le formule à sa manière : elle parle d'écouter sa « veilleuse intérieure », cette voix du courage qui nous habite, et de refaçonner notre relation à l'incertitude pour ne plus la vivre comme une menace mais comme une porte. Dans mes accompagnements, je vois cette bascule se produire. Quand la peur baisse, tout devient plus traversable.
Un livre exigeant mais nourrissant
Ce n'est pas un livre « feel-good » qu'on lit d'une traite. Rankin propose des exercices issus de traditions spirituelles et de pratiques corps-esprit, et invite le lecteur à écrire sa propre « ordonnance du courage ». Ça demande de s'impliquer, de se regarder en face. Mais celles et ceux qui font ce chemin en ressortent plus légers.
Pourquoi je le recommande
Parce qu'il redonne du pouvoir. Il ne dit pas « votre peur vous rend malade, c'est votre faute », ce serait violent et faux. Il dit : la peur a une prise sur votre corps, et vous pouvez apprendre à desserrer cette prise. C'est une nuance essentielle, et pleine d'espoir.
Je ne prétends pas, moi non plus, détenir de miracle. Mais je crois profondément que soulager le corps aide à apaiser l'esprit, et qu'apaiser l'esprit aide le corps à se réparer. Ce livre dit la même chose, avec les mots d'un médecin. Et ça fait du bien de l'entendre de cette voix-là.
Affronter la peur, Dre Lissa Rankin, éditions Guy Trédaniel.
© Virginie Vardjan





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